Etre et Paraître ??
Etre plutôt que paraître… oui, mais…Même si ce n’est pas toujours culturellement ou socialement correct, il faut admettre l’utilité de «paraître». Mais on voit que dans le discours commun, «être» est souvent privilégié au «paraître», celui-ci étant souvent empreint de frivolité. «Etre» est la revendication naturelle de chacun, mais faut-il pour autant négliger l’utilité, et surtout la signification de «paraître» ?
La meilleure illustration est flagrante chez les animaux dont aucun comportement n’est futile ou inutile.
Paraître fait partie du «savoir -être» des animaux. Le camouflage, la parade amoureuse, les stratégies de transformation morphologique (par lesquelles ils doivent leur survie en paraissant plutôt qu’en étant) ne sont que du «paraître», génétiquement programmé de surcroît. Les ronds colorés sur les ailes des papillons sont sensés être vus comme les yeux d’un animal menaçant, et faire fuir les prédateurs.
Nombre d’animaux sont capables d’augmenter leur volume corporel dans le même but.
Mon chien a le poil clair dessous, et noir dessus : s’il se tapit pour attaquer ou se cacher, son apparence le rend moins visible.
Le paon fait la roue pour séduire, etc.
Dans le règne animal, rien de l’«apparence» n’est vain et laissé au hasard. Tout est vital. Attributs de défense ou transformations visant à la reproduction sont une question de survie de l’individu et de l’espèce.
On fonctionne pour ainsi dire de la même façon.
En premier lieu, le paraître fait amplement partie de ce qui fluidifie les rapports sociaux. Le savoir-vivre, la politesse, certaines hypocrisies conventionnelles, sont incontournables.
Physiquement, l’hygiène, le maquillage, les sapes, la façon de s’exprimer, ne sont aussi que des modalités du paraître, mais qui peut sincèrement admettre les négliger ?
On est comme on est oui, mais on intègre par la force des choses un quota de paraître dans nos comportements. Et ce paraître peut aussi influer sur l’«être». On peut commencer à paraître ce qu’on a envie d’être, pour finir par le devenir (la force, l’assurance en soi, l’audace, etc.). D’autre part le paraître est ce qui est en premier accessible à l’Autre. Donc, quoiqu’on en dise, on le travaille et on y est attentif (je ne parle pas que de l’apparence), en veillant à une cohérence avec sa nature intrinsèque, l’«être».
C’est pour ça que je prends du recul sur ces phrases bien vernies supposées opposer l’essentiel et le négligeable, qu’on a du mal à contredire, mais toujours trop lisses pour être complètement humaines. On peut paraître sans se renier. On peut paraître avec ou sans calcul. On peut en jouer. Paraître peut être utile et structurant sans être nuisible.