CEUTA (AFP) - Le roi d'Espagne, Juan Carlos a entamé lundi une visite controversée de deux jours dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla (nord du Maroc), la première depuis son accession au trône, suscitant la vive réprobation du Maroc qui revendique ces territoires.
"J'avais un engagement à honorer vis-à-vis de Ceuta, des Ceutis et des autorités" locales, a-t-il expliqué, après avoir été accueilli par des dizaines de milliers de Ceutis aux cris de "Viva España!, "Ceuta est espagnole!".
Dans un discours prononcé peu après devant l'assemblée municipale de cette ville autonome, le souverain n'a fait aucune allusion à la tension provoquée par sa visite avec Rabat qui considère ces villes comme "occupées".
Le Maroc a qualifié cette visite de "regrettable" et son souverain, Mohamed VI a rappelé son ambassadeur en Espagne pour consultations.
"Je ne voulais pas laisser plus de temps sans venir à Ceuta pour vous témoigner toute notre affection et notre soutien, comme je l'ai fait dans tant d'autres villes et de lieux d'Espagne", a ajouté Juan Carlos, louant "l'esprit d'intégration et cohabitation" entre cultures et religions à Ceuta.
Vingt-et-un coups de canon et les cloches des églises avaient auparavant salué l'arrivée du monarque et de son épouse Sofia à Ceuta.
Les souverains ont salué depuis le balcon de l'hôtel de ville une foule essentiellement composée d'Espagnols de confession catholique, qui représentent un peu plus de la moitié des 75.000 habitants de ce port de 18,5 km2 (bien 18,5 km2) revendiqué par le Maroc depuis son indépendance en 1956.
Les écoles et administrations publiques ont été fermées exceptionnellement. La frontière avec le Maroc restait ouverte, mais l'accès à Ceuta était limité aux Marocains dotés d'un permis de travail dans l'enclave.
Cette visite constitue le premier accroc dans les relations entre Rabat et Madrid, qui se sont notablement réchauffées depuis l'arrivée au pouvoir en Espagne du socialiste José Luis Rodriguez Zapatero.
Un millier de Marocains ont manifesté devant le poste frontalier Bab Sebta près de Ceuta contre la visite de Juan Carlos, dénonçant "l'occupation" des deux enclaves par l'Espagne, à l'appel de l'ONG Comité national pour la libération de Ceuta et Melilla.
A Rabat, des députés marocains devaient observer un sit-in devant l'ambassade d'Espagne.
"Il y a tellement d'intérêts communs que la rupture diplomatique reste à exclure", estimait cependant le journal marocain l'Economiste.
A Paris, la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Pascale Andréani, a appelé l'Espagne et le Maroc, "deux Etats souverains amis de la France", à "poursuivre leur dialogue" sur Ceuta et Melilla.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, avait exprimé dimanche l'espoir que les bonnes relations entre Madrid et Rabat permettraient de "surmonter les sensibilités".
Juan Carlos devait inaugurer dans l'après-midi un centre sportif portant son nom, avant de gagner Malaga (sud de l'Espagne), d'où il se rendra mardi à Melilla.
L'Espagne exerce sa souveraineté sur Ceuta depuis 1580 et sur Melilla depuis 1496, conçues à l'origine comme des postes avancés après la "reconquête" de l'Andalousie par les rois catholiques contre la présence arabe.
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba a admis lundi que la "présence croissante d'Al-Qaïda" en Afrique du Nord représentait une "menace réelle" pour les intérêts espagnols, alors qu'Al-Qaïda qualifie les enclaves de Ceuta et Melilla de "territoires occupés".