MELILLA (AFP) - Le gouvernement espagnol a tenté, mardi, de jouer l'apaisement avec le Maroc dans la crise suscitée par la visite du roi Juan Carlos dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla que Rabat revendique. 
Juan Carlos a reçu un accueil triomphal mardi à Melilla, port de 70.000 habitants dans le nord-est du Maroc, vingt-quatre heures après un déplacement à Ceuta, autre enclave espagnole, où une foule énorme l'avait également salué.
Ces visites, les premières effectuées par le souverain dans les enclaves depuis son accession au trône en 1975, ont causé une vive tension diplomatique avec le Maroc.
Le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos a cherché à relativiser l'ampleur de la crise, soulignant que l'Espagne entendait conserver les "meilleures relations" avec son voisin marocain.
"Nous espérons pouvoir continuer à travailler ensemble (...). Les liens entre le Maroc et l'Espagne sont solides", a déclaré M. Moratinos en marge d'une réunion à Lisbonne des ministres des Affaires étrangères de l'Union du Maghreb arabe (UMA) et de l'Union européenne.
M. Moratinos a précisé qu'il s'était entretenu, lundi soir, avec son homologue marocain, Taïeb Fassi-Fihri, qui lui avait fait part de "sa préoccupation".
Manifestants à Beni Nssar au Maroc contre la visite du roi Juan Carlos dans l'enclave de Melilla, le 6 novembre 2007 (© AFP - Abdelhak Senna)
Le secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires étrangères, Bernardino Leon, a tenté lui aussi de calmer le jeu. "Il s'agit d'"une divergence sur un point précis qui ne doit pas s'étendre à l'ensemble de la relation" avec le Maroc.
"Avec le temps, je suis convaincu que cette relation va continuer à se renforcer car c'est l'intérêt réel et profond du Maroc et de l'Espagne", a ajouté le numéro deux des Affaires étrangères espagnoles.
Juan Carlos Ier a été acclamé, mardi, sur la grand-place de Melilla, par une foule compacte estimée à 30.000 personnes, aux cris de "Viva España!", "Melilla espagnole!", "Vive le roi!", sous une mer de drapeaux espagnols.
La visite qui s'est achevée vers 15H45 GMT, a suscité la protestation de Marocains à la frontière entre le Maroc et la ville, tout comme cela avait été le cas lundi à la frontière avec Ceuta.
Certains manifestants ont tenté de forcer la clôture entourant Melilla après des accrochages verbaux avec les gardes espagnols. Un manifestant a jeté un drapeau marocain du côté espagnol du grillage.
Un sénateur marocain, Yahia Yahia, qui voulait organiser une conférence de presse "dans le préside occupé de Melilla", a été brièvement interpellé au poste frontière espagnol.
Ceuta et Mélilla (© AFP/Infographie - Sophie Ramis)
Les deux anciennes places fortes de Ceuta et Melilla représentent les seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe.
"L'Espagne doit comprendre que le temps du colonialisme est révolu, et irrévocablement", avait lancé sur un ton virulent, lundi soir, le Premier ministre marocain Abbas El Fassi.
"Ceuta et Melilla font partie intégrante du territoire national et leur récupération se fera par des négociations directes comme ce fut la cas pour Tarfaya, Sidi Ifni et pour le Sahara marocain", avait-il insisté.
Le roi du Maroc, Mohamed VI, qui a rappelé, vendredi, son ambassadeur en Espagne pour consultations, devait réitérer sa revendication de souveraineté sur Ceuta et Melilla, dans un discours officiel mardi soir.
L'Espagne exerce sa souveraineté sur Ceuta depuis 1580 et sur Melilla depuis 1496, places conçues à l'origine comme des postes avancés après la "reconquête" de l'Andalousie par les rois catholiques contre l'occupation arabe.