"Le génie du mal me surprend toujours par sa capacité d'innover. Les trafiquants surveillent notre manière d'agir pour mettre au point de nouvelles méthodes", assure Abdelhalek Marzouki, directeur régional des douanes pour le nord du royaume.
Chaque année, 380.000 véhicules et 80.000 camions immatriculés à l'étranger empruntent ce port, limitrophe de l'Europe et de la chaîne du Rif où sont produits annuellement 1.200 tonnes de résine de cannabis pour l'exportation, selon les chiffres officiels.
Dans un vaste parc de stationnement, deux scanners passent au crible la moitié des camions pour détecter des caches. Pour les voitures, c'est le flair et l'expérience. "Les douaniers connaissent toutes les cavités des véhicules.
Armés d'un tournevis, de bons yeux et d'une ouïe extraordinaire, ils tapent sur les portes et la carrosserie", explique M. Marzouki.
En 2007, les douaniers ont battu un record en saisissant 35 tonnes de haschich, soit une hausse de 25,7% par rapport à 2006, lors de 309 opérations qui se sont soldées par l'arrestation de 437 personnes dont près de la moitié d'étrangers. Parmi eux 78 Espagnols, 61 Français et 22 Portugais.
La valeur de la drogue saisie est estimée à 140 millions d'euros sur le marché européen.
"Il n'existe pas de profil type de trafiquants. Ce sont des jeunes et des moins jeunes, des couples ou des jolies filles. Auparavant on ne fouillait jamais les voitures de luxe car on pensait que les trafiquants ne gaspilleraient pas leur argent avec ce type de véhicule, mais récemment ils en ont acheté en leasing", assure l'officier des douanes.
Depuis le début de 2008, les services ont même arrêté un Espagnol qui exhibait une carte périmée de la Guardia civil (police) et voyageait avec 1,3 tonne dans son camping-car en compagnie de sa femme, de sa mère et de ses deux petites filles, pensant que les douaniers ne se méfieraient pas d'une famille de vacanciers.
M. Marzouki convient que les camouflages sont ingénieux et souvent difficiles à détecter. Il y a quelques mois, une minuscule soudure près de l'embrayage a mis la puce à l'oreille d'un douanier. En ouvrant, il a découvert des plaques de cannabis reliées entre elles comme des saucisses.
Outre les caches classiques dans le plancher, le tableau de bord, les réservoirs et les portières, les agents ont découvert des véhicules roulant avec des pneus ou des batteries bourrés de résine de cannabis.
Les trafiquants utilisent aussi l'artisanat marocain et les fruits.
Les douaniers ont trouvé, dans des bocaux, du cannabis moulé en forme d'olive auquel on avait rajouté une petite queue après l'avoir peint en vert.
"Les passeurs étrangers savent qu'ils jouent avec le feu et le piège se referme sur eux car ce sont des réseaux internationaux qui les utilisent pour alimenter les marchés extérieurs", assure pour sa part le procureur du roi à Tanger, Abdelkrim Echafi.
Une grande partie du temps du procureur est accaparée par des affaires de drogue. "Notre code de procédure pénale combat sans pitié ce trafic tout en garantissant les droits des prévenus dès leur arrestation", déclare-t-il en citant notamment la droit à un interprète et à un avocat après 48 heures de garde à vue.
Les peines varient de un à 10 ans de prison selon la quantité transportée.
C'est le propriétaire de la voiture qui est généralement poursuivi.
"Cependant, si l'un des conjoints assume seul la responsabilité, nous libérons l'autre, même si nous pouvons avoir de sérieux doutes. Nous faisons jouer la présomption d'innocence", ajoute le magistrat.