Un sondage effectué récemment au Maroc par l’institut Républicain international (IRI) indique que le parti islamiste le PJD remporterait les prochaines élections législatives. Il devance largement (47 %) les grands partis historiques au Maroc, tel l’USFP (17 %) et l’Istiqlal (12 %).
La publication de ce sondage a soulevé une tempête au Maroc. De nombreuses voix s’alarment de l’arrivée d’un parti islamiste. Certains vont même jusqu’à suggérer une intervention du pouvoir pour empêcher l’éventualité d’une victoire du PJD. On se souvient qu’en 2002, les autorités marocaines soucieuses de plaire aux Américains, s’étaient mises d’accord avec les dirigeants du parti islamiste pour ne pas présenter des candidats dans toutes les circonscriptions.
Une intervention des autorités marocaines risque de discréditer le processus démocratique en cours déjà entaché par la lenteur des réformes promises par le jeune roi lors de son accession au trône. Qui croirait encore à la démocratie au Maroc si le pouvoir intervient d’une manière ou d’une autre pour influencer les résultats des élections. Il faut se souvenir aussi des résultats catastrophiques survenus en Algérie à la suite de l’arrêt du processus démocratique qui conduit les islamistes du FIS à la victoire aux élections législatives. Une partie des islamistes marocains risquent de se radicaliser et rejoindre les mouvements djihadistes violents.
Il est temps d’admettre que l’enracinement de la démocratie dans les pays arabo-musulmans passe par l’acception définitive des islamistes en tant que force politique comme les autres. L’exemple de la Turquie est à méditer. Depuis leur accession au pouvoir, les islamistes Turcs ont évolué vers une vision plus moderniste de l’islam et du monde et les institutions démocratiques se sont renforcé en Turquie. Depuis qu’ils sont au pouvoir les islamistes Turcs ont permis à une large frange de la société turque auparavant marginalisée de participer activement et de manière pacifique à la vie politique et sociale de leur pays. Ils est indéniable qu’ils ont joué un rôle important dans la promotion des valeurs démocratiques au sein des couches populaires.
Au lieu de vouloir exclure les islamistes du jeu politique, au lieu de les diaboliser, il vaut mieux consolider les institutions capables de garantir l’alternance, il convient mieux d’organiser à une grande échelle l’éducation des citoyens aux valeurs de tolérance et de démocratie.