
Au Maroc, dénoncer le makhzen, « monstre tentaculaire » était un leitmotiv commode qui évite de digresser cette notion polysémique .
Ainsi lors de la réforme constitutionnelle de 1996 certains partis politiques ont souhaité que disparaisse le Makhzen, « principal outil de trente-cinq ans de pouvoir personnel ».
2006, le Makhzen est-il l’administration, le gouvernement ou L’Etat ? Force est de constater aujourd’hui, que le corps politique et ses élus semblent en déphasage par rapport à la nouvelle conception de l’autorité.
Deux exemples locaux. Lors de la rencontre concernant l’agenda local 21, dont l’initiative revient intégralement à la wilaya, le président polyglotte de la commune urbaine avait l’air effacé. Il a dit, en s’adressant à la société civile, qu’elle n’était conviée que grâce à la volonté du wali ! A la commune de Tagzirt, qui a organisé une manifestation culturelle – grâce aux efforts d’un jeune élu -le président de la commune s’est fait remarquer par son absence totale. Mais le caid était présent .Il a même fait un exposé sur « la culture et l’homme » devant un parterre d’élèves et d’enseignants du lycée de cette commune. Et les exemples de ce déphasage sont légions.
Ainsi Le Makhzen, lato sensu, n’apparaît en réalité que comme le représentant des hommes qui le composent. C’est en effet, la qualité de la gouvernance de ceux-ci qui construit son image. Cet hydre avait ses mots d’ordre : Goulou Laam Zine, Id Al makhzen Touila, Camera Châala , Hadou Dialna Hadouk Dyalhoum …. En somme toute une culture. Elle Laisse place aujourd’hui à de nouveaux préceptes tournés vers l’avenir : Etat de droit, Droits de l’homme, citoyenneté, Indh, gouvernance consensuelle … Au niveau du pouvoir local les nouveaux Walis, gouverneurs et agents d’autorité ont un nouveau langage crédibilisé par une nouvelle approche de proximité. Quant au pouvoir central, les choses se clarifient davantage. Ces derniers mois ont, en effet, connu un palmarès d’actes de démakhzénisation.
Le rapport de l’institution équité et réconciliation a permis de comprendre les abus de pouvoir voire les excès de zèle des hommes prétendant agir au nom du Makhzen et pour le makhzen .Ils se croyaient au dessus des lois temporelles et spirituelles.
De même, celui sur le développement humain 50, sort le pays de l’omerta et de l’hypocrisie politicienne qu’entretenaient les hommes épris de cette culture. Ce rapport ouvre de grandes portes sur un débat citoyen concernant le présent de notre société afin de se mobiliser pour la construction de l’avenir.
Edifice aussi, auquel la société civile, tente d’apporter sa pierre ; en défendant les acquis de l’Etat et de la société contre les obscurantistes et les nostalgiques de la période Basrienne.
Le discours royal est venu couronner le tout en énonçant : « A cet égard, outre le devoir de conserver cette période dans la mémoire collective de la nation, dans la mesure où elle fait partie intégrante de son Histoire, il appartient à chacun de nous d'en tirer les enseignements qui s'imposent, afin de se doter des garanties nécessaires, pour éviter que certains écarts du passé ne se reproduisent et pour combler certaines lacunes antérieures .Cela dit, ce qui importe le plus, c'est bien de se tourner vers l'avenir dans une démarche prospective et constructive, apte à galvaniser nos énergies pour nous focaliser sur le règlement des questions majeures qui préoccupent instamment notre peuple, afin de favoriser l'essor et le progrès de notre pays ».
Alors, ceux qui voient dans ces acquis « un ravalement de façade » ont-ils raison ? Ou nagent ils contre le courant ? Ce qui est sûr c’est que l’ancienne conception du Makhzen et ses épigones n’ont plus le vent en poupe.