
<img src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/thumb/7/70/Zacarias_Moussaoui2.jpg/200px-Zacarias_Moussaoui2.jpg" alt="" /><br />Incapable de capturer Oussama Ben Laden, se refusant à remettre à la justice l'organisateur des attaques contre New York et Washington, Ramzi Ben Al-Shaiba, et le cerveau des opérations, Khaled Cheikh Mohammed, le gouvernement américain a voulu faire du procès de Zacarias Moussaoui celui du 11-Septembre. Il n'y sera finalement pas parvenu. Les jurés ont refusé de condamner à mort un coupable de substitution.
Depuis l'inculpation il y a quatre ans du Français de 37 ans, présenté alors comme le vingtième pirate de l'air, le département de la justice a cherché à faire de cette affaire le procès que les Américains attendent. Il y a mis des moyens considérables, les meilleurs procureurs, les experts psychiatriques les plus renommés, un accès à de nombreuses informations classifiées, des interrogatoires de dirigeants d'Al-Qaida, des enregistrements inédits. La Maison Blanche s'était publiquement félicitée, le 3 avril, de la décision unanime du jury considérant à la fin de première partie du procès que l'accusé était "passible de la peine de mort". Mais trois des douze mêmes jurés ont aussi décidé qu'on ne pouvait pas tuer quelqu'un "ayant une connaissance limitée des attaques du 11-Septembre". Alors, mercredi 3 mai, George Bush a tenté de faire bonne figure. "Le mal n'aura pas le dernier mot. Cette grande nation prévaudra."<br /><br />"Nos pensées vont vers les familles qui ont perdu des êtres chers le 11 septembre 2001", a ajouté le président Bush. Le chroniqueur conservateur de la chaîne Fox News, Bill O'Reilly, a eu plus de mal à se contenir : "Les jurés ont sympathisé avec le diable." Pour Michael Benveniste, ancien rapporteur de la commission d'enquête sur le 11-Septembre, "la justice a été bien servie aujourd'hui. Zacarias Moussaoui est un être humain détestable, mais il n'y avait tout simplement pas de preuves pour étayer la thèse du gouvernement".<br /><br />"J'aurais préféré un autre verdict, mais cela montre que nous avons un système judiciaire que nous suivons et respectons. L'Amérique a gagné", a déclaré, sur la chaîne MSNBC, Rudy Giuliani, ancien maire de New York et ancien procureur.<br /><br />En dépit des contraintes imposées par l'administration au nom de la sécurité nationale et d'une procédure chaotique, la justice civile américaine a été finalement capable de juger sereinement un membre d'Al-Qaida. Même la charge émotionnelle des dizaines de témoignages poignants des familles des victimes et les 2 972 morts du plus important acte criminel de l'histoire des Etats-Unis n'ont pas gommé la faiblesse des thèses de l'accusation. Le mérite en revient à la défense et surtout à la juge fédérale Leonie Brinkema, 61 ans. Elle n'a cessé depuis quatre ans et demi de se battre pour que le procès soit le plus équitable possible.<br /><br />"IL N'ÉTAIT PAS LE BON COUPABLE"<br /><br /><br />Petite femme vive avec des lunettes rondes au milieu du nez et un éternel chignon, elle a l'apparence d'une maîtresse d'école du début du siècle dernier. Mais derrière son sourire bienveillant se cache une autorité sans faille. Première femme juge du tribunal d'Alexandria, elle a mené la vie dure au gouvernement.<br /><br />La juge a laissé M. Moussaoui se défendre seul, jugeant sa décision "peu sage mais rationnelle", puis elle a fini par lui imposer de nouveau ses avocats devant ses provocations et son incompréhension des mécanismes judiciaires. Elle n'a pas pu l'empêcher ensuite de plaider coupable, contre l'avis de ses défenseurs, en avril 2005 et, lors du procès, de témoigner à deux reprises pour apporter, selon sa propre expression, "sa tête sur un plateau" à l'accusation.<br /><br />Jusque-là, les procureurs avaient été incapables de démontrer que l'accusé avait une quelconque responsabilité dans les attentats. Leonie Brinkema les avait d'ailleurs mis en garde sur la faiblesse des bases légales pour faire condamner M. Moussaoui à la peine capitale : pour n'avoir pas dit au FBI ce qu'il savait sur le 11-Septembre après son arrestation le 16 août et donc avoir permis aux attaques de se produire. "Je n'ai pas connaissance d'un seul cas où le fait de n'avoir pas agi ait suffi à justifier une condamnation à mort." Et soudain, les 27 mars et 13 avril, M. Moussaoui a inventé un cinquième avion qu'il aurait dû piloter ce jour-là avec une équipe hypothétique. Cela avait semblé faire basculer le procès, mais certains jurés ne l'ont pas cru.<br /><br />Mercredi soir, plusieurs commentateurs soulignaient que la faiblesse de l'accusation a été de reconnaître implicitement que les vrais responsables du 11-Septembre n'étaient pas dans le box des accusés. "Le jury a tout simplement signifié que Moussaoui n'était pas le bon coupable. Ramzi Ben Al-Shaiba et Khaled Cheikh Mohammed étaient bien les grands absents du procès", a expliqué Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch. "Ils ne seront probablement jamais jugés à cause de ce qu'ils ont subi pendant leurs interrogatoires", a-t-il ajouté. L'un comme l'autre ont disparu depuis leur capture au Pakistan dans les prisons secrètes de la CIA.