
Au cours de l'histoire du sud-ouest marocain, l'arganier constituait une essence d'importance économique capitale. L'Arganeraie constituait un espace de parcours d'un grand intérêt pour la population locale et celui des transhumants qui se dépla-cent du sud vers le Nord avec d'importants troupeaux de dromadaires.
Le fruit d’arganier a été très demandé, l'huile extraite est utilisée dans différents domaines. Le bois très énergétique est très sollicité par la population pour répondre au besoin énergétique a différentes fins. En parallèle, les terres fertiles en général et celles de la plaine du Souss en particulier ont subi une forte exploitation de plus en plus intensive. 1. Production agricole L'agriculture de la zone d'Arganeraie comprend deux secteurs très distincts en l'oc-currence : ط Secteur d'agriculture intensive. La région du Souss-Massa est la première zone primeuriste du Royaume. Cette zone se caractérise par la production des céréales, des agrumes et du maraîchage. Les productions des agrumes, des primeurs et du maraîchage sont exportées dans leur presque majorité. ط Secteur d'agriculture traditionnelle qui correspond aux zones bour monta-gneuses. La plupart de la production dans ces zones est destinée à l'autocon-sommation. Evolution des effectifs du cheptel : Dans les années 1990 à 1995 on assiste à une régression du cheptel très marquée surtout au niveau des provinces de Tiznit et d'Essaouira. Toutes les espèces ont enregistré une forte régression et plus parti-culièrement les ovins et caprins dans la province de Tiznit. Cette régression s'expli-que par les irrégularités climatiques et par l'évolution des systèmes de production des systèmes à base d'élevage aux systèmes à composantes mixtes. Taux de régression en % Bovin Ovin Caprin Tiznit 36,2 66,6 56,9 Essaouira 63,4 37,4 42,2 Taroudant 9,4 43,2 20,5 Agadir 8,1 8,6 3,9 Au niveau des provinces de Taroudant et d'Agadir, les effectifs des bovins ont peu régressé. Ceci en raison de l'intensification du système d'élevage au niveau de la plaine. L'élevage intensif et semi-intensif a déjà été mis en place 1990 (année de ré-férence) dans la province d'Agadir, ce qui a permis de stabiliser, plus au moins, les autres effectifs également. La sédentarisation et le système d'élevage semi-intensif étaient encore en pleine évolution dans la province de Taroudant au début des années 1990, ce qui a incité une assez forte régression du cheptel ovin et caprin au profit des bovins. Evolution de la superficie agricole utilisable (SAU) par ménage : L'agriculture est une composante du système traditionnel d'exploitation de l'espace de la région. Quoi que marginale dans les zones arides, elle joue un rôle complémentaire dans les systèmes de production initial à base d'élevage au niveau de la satisfaction des besoins en céréales de la population et en complément pour le cheptel en période de soudure. La croissance démographique et le déséquilibre agro-sylvo-pastoral ont mis le sec-teur agricole dans l'impossibilité de remplir ces rôles. Faute de données sur les superficies des années précédentes on est amené à sup-poser que la superficie agricole soit constante. Sur cette base on peut estimer l'évolution de la SAU par ménage correspondant aux différentes dates de recense-ment des populations. Régression de la SAU par exploitation Superficie en ha 1960 1971 1982 1994 Régression en % 1960 - 94 Agadir 2,4 2,3 2,0 1,9 21 % Essaouira 5,4 5,1 4,6 4,4 19 % Taroudant 3,6 2,1 1,7 1,6 55 % Tiznit 5,3 3,2 3,0 2,9 45 % L'analyse de ces données fait apparaître une forte régression de la SAU/ménage entre 1981-82 au niveau des provinces du Sud sauf pour Tiznit où la plus grande chute est notée entre 1960-71 en enregistrant un taux de régression de 41%. Le bilan fourrager, dans la Wilaya d’Agadir à titre d’exemple, montre un déficit de 46,1 %, autrement dit : la consommation par le bétail est presque le double par rap-port à la production locale. L’analyse de certains paramètres additionnels de la production met en évidence les points suivants : ط Caractère aléatoire de la production céréalière et fruitière, en raison de l'irrégu-larité importante des pluies dans ces zones arides, ط Importance de la pression animale que subissent les écosystèmes d'arganier souvent aggravée par les effectifs des nomades du Sud et de l’Est. ط L'extension des terres de cultures en raison de la poussée démographique et des changements des systèmes de production est un facteur important de per-turbation des écosystèmes naturels. En effet, les milieux de la région ont une vocation pastorale et la fragilité des écosystèmes arides les exposent à la déser-tification après mise en culture. On assiste à une évolution des systèmes de production du type Elevage Dominant vers un type Agriculture Dominante. Cette évolution est due aux conséquences de la dégradation des parcours, comme indiqué plus haut. En effet, les effectifs du cheptel se réduisent face à l'impossibilité de satisfaire leurs besoins par complémentation. On peut schématiser les stades d'évolution des systèmes de production comme suit : ? Zone montagneuse et plaine subdésertique : Elevage ----> Elevage dominant associé à l'Agriculture -----> Elevage - Agriculture (mixte) ----> Agriculture domi-nante associée à l'élevage. ? Plaine à potentiel hydro-agricole favorable : Elevage -----> Elevage - Agricul-ture (mixte) ----> Agriculture dominante associée à l'Elevage ----->Agriculture in-tensive. L’extension des terres de cultures au dépend des terrains de parcours et fo-restiers en combinaison avec la pression animale sur les parcours représente une fatalité pour la pérennité et la conservation de l'Arganeraie. Déplacement des troupeaux : Les déficits fourragers en parcours sont aggravés par les troupeaux des transhumants et des nomades qui fréquentent les milieux à arganier en période de disette alimentaire fréquentes dans les régions sahariennes. Les troupeaux du Sud pratiquent deux types de mouvements pour arriver à satis-faire leurs besoins alimentaires durant l'année : ط Les mouvements limités à l'espace géré par une entité ethnique : Ils se font gé-néralement entre la montagne et la plaine. Ce sont des mouvements saisonniers "Transhumance" en automne-hiver vers la forêt et en été vers les plaines. ط Les mouvements pratiqués en dehors du territoire des entités ethniques. Ces mouvements s'opèrent en année sèche et par des troupeaux de grande taille. Ce sont des mouvements conjoncturels. Les troupeaux pratiquant des déplacements conjoncturels surchargent, à chaque fois qu’elles ont lieu de façon assez violente, les parcours sylvo-pastoraux de l'Ar-ganeraie. Le dernier de ces déplacements conjoncturels date de 1991-92. Des dé-placements conjoncturels s'effectuent aussi entre les provinces de la zone de la RBA. A titre d'exemple 15% des éleveurs de Tiznit se sont déplacés sur les parcours d'Essaouira entre 1992 et 1993. 2. Production forestière La couverture forestière des cinq provinces intéressées par l'étude est composée des essences suivantes (chiffres arrondis) : Province Arganier Thuya Genévrier Chêne vert Autres Agadir* 221 000 65 000 1 000 23 000 3 000 Essaouira 132 000 96 000 14 000 14 000 4 000 Taroudant 368 000 50 000 34 000 104 000 2 000 Tiznit 142 000 61 000 0 8 000 4 000 Total 863 000 272 000 49 000 149 000 13 000 · (Agadir intègre la province de Chtouka ait baha) · La production totale en bois de feu par an (en moyenne) atteint 300 000 stères envi-ron, les deux provinces de Taroudant et de Tiznit à elles seules totalisent une pro-duction de 100 000 stères. Le patrimoine forestier de la région du sud est dominé par l'Arganeraie qui repré-sente deux tiers de la superficie forestière. Devant les besoins importants des populations rurales aussi bien en matière de bois de feu qu'en matière de fourrage et de matériaux de service, les massifs forestiers ont subi des régressions au niveau des superficies et au niveau des structures hori-zontale et verticale. Cette régression importante a touché tous les espèces y com-pris l’arganier. 3. Revenu Approcher le revenu des ménages, le plus souvent annuel, revient à préciser l'activi-té économique qui génère ces revenus. Ceux-ci sont difficilement cernables dans un environnement très complexe. Il faut distinguer entre : ط milieu urbain (secteur formel tel que l’industrie de production et de transfor-mation, commerce, fonction publique, tourisme, autres services ; secteur in-formel de production et de services) ط milieu rural (emploi sur les grandes fermes, surtout cultures maraîchères ; petite agriculture ; élevage ; arboriculture, essentiellement arganiers ; autres comme travail extérieur, artisanat). Milieu urbain : Le peu de données disponibles dans ce domaine montre d’abord ط que le coût de la vie est très élevé à Agadir (ville). Donc, cela nécessite plus de revenus pour pouvoir se procurer les mêmes produits que dans d'autres villes ou régions marocaines. ط que d’une façon générale, l'indice du coût de la vie à Agadir a évolué dans le même sens que l'indice national : ces deux indices ont presque la même valeur. D'après les enquêtes ménages, recueillies auprès de quelques études faites par les Centres des Etudes et des Recherches Démographiques on a des revenus qui va-rient du simple a huit (8) fois en fonction de la ville et de l'activité. Une même activité de commerce d'articles d'artisanat représente un revenu moyen de : - 7 500 Dh/mois à Essaouira - 1 300 Dh/mois à Agadir - 6 000 Dh/mois à Taroudant - 5 000 Dh/mois à Tiznit. Or, si on prend la ville d'Agadir, le revenu moyen peut varier de 2 200 Dh/mois à plus de 18 000 Dh/mois. D'où les écarts très importants qui existent entre les chefs de foyers pratiquant la même profession. Le point essentiel à soulever à ce niveau revient à l'économie informelle qui occupe une place de premier rang dans l'activité économique urbaine, essentiellement à Agadir. La mesure des revenus dans le secteur informel est nécessaire pour la con-naissance de son efficience sociale et l'importance de sa participation à la formation au produit intérieur brut de la région. Son intérêt est palpable sur le terrain, mais son estimation est très difficile. 4. Milieu rural L'économie rurale de la région est de type familial, elle est caractérisée par une forte dépendance du secteur agricole. Des particularités se manifestent d'une zone à l'au-tre et d'une province à l'autre mais la caractéristique générale émane d'une forte proportion de l'exploitation traditionnelle du milieu. De façon générale, les exploitants agricoles opèrent plus ou moins en régime " mo-nétaire " et " non monétaire ". Certains sont entièrement tournés vers une économie de marché et ne travaillent qu'à l'échelle commerciale, c'est le cas de la région d'Agadir, Aït Melloul et de Taroudant, là où on assiste à une intensification de la pra-tique agricole. Très rares sont ceux qui pratiquent exclusivement une agriculture de subsistance, sans contact avec l'économie du Marché. C'est ainsi que la majorité des exploitants se situent au niveau de la semi-subsistance, c'est-à-dire pratiquant une agriculture en partie de subsistance et en partie commerciale. Ils ont quelques contacts avec les marchés et la structure de leur revenu total se compose d'une part en argent. Un certain nombre de facteurs du sont déterminants pour l’importance du revenu tels que les conditions naturelles de l'exploitation, la surface agricole utile (SAU) par exploitation, les techniques agricoles, l'effectif du cheptel. D'où la très grande diffé-rence d'une exploitation à l'autre, d'une zone à l'autre et d'une province à l'autre. Le tableau qui suit résume la situation générale dans chacune des régions, tout en présentant la marge inférieure et la marge maximale pour une année moyenne. Revenu dans la Région d'Arganier en Dirham/foyer/an Agricole Animale Autres Extérieur Moyenne générale Min. Maxim. Min. Maxim. Mini. Maxim. Min. Maxim Agadir 3 200 14 700 6 800 15 000 700 1 800 10 000 25 000 38 000 Essaouira 2 100 8 400 5 400 12 900 1 100 2 000 6 000 20 000 29 000 Tarou-dant 2 900 9 700 7 400 13 000 1 200 2 000 8 500 21 000 33 000 Tiznit 2 000 7 500 7 100 12 500 1 200 1 800 8 000 30 000 35 000 Moyenne 6 300 9 800 1 500 16 000 34 000 C'est à Agadir où on dégage le meilleur revenu annuel moyen par ménage et en dernière position figure la province d'Essaouira. Ceci est dû essentiellement au fai-ble niveau de revenu extérieur par rapport à Tiznit. En effet, dans la majorité des cas, environ 80% des foyers ont des revenus extérieurs plus ou moins réguliers et qui tournent autour de 330 Dh à 2 400 Dh mensuellement. Les revenus extérieurs (migration nationale ou internationale) présentent parfois la base du revenu total pour un nombre non négligeable de ménages. La carte de la répartition spatiale des revenus. illustre la hausse relative des reve-nus dans les villes et dans les régions d’agriculture intensive. L'arganier joue un important rôle dans la génération du revenu. Une simple estima-tion indique que l'Arganier contribue entre 25% et 40% dans la formation du revenu agraire et ce selon la zone (plaine ou montagne) et selon la province. 5. Occupation du sol 5.1. Habitat et l’équipement social Dans le milieu rural, l'habitat est souvent le résultat d'un long et complexe processus d'occupation du sol. Il est étroitement lié aux surfaces exploitées à tel point que chaque type d'habitat s'accompagne souvent du même type de morphologie agraire. La répartition des localités rurales dans l’Arganeraie est caractérisée par une grande hétérogénéité et une forte dissymétrie : ط Les zones à forte densité de douars coïncident avec les régions montagneu-ses surtout dans la partie nord-occidental de l'Anti-Atlas (Ait Baha, Ida Ou Gnidif, Ait Ouadrim, Ida Oultit, Mejjatte, Akhssas, Ait Ba amrane). Ainsi que la plaine de Chtouka et le long des lits d'oueds comme Massa et Souss et ses confluents. Cependant les douars des régions montagneuses de l'Anti-Atlas n'ont qu'une petite taille par rapport aux douars des autres zones. ط Les zones à moyenne densité sont représentées par les plateaux et les bou-tonnières de l'Anti-Atlas (Aït Abdallah, Ida Ou Zekri, Ida Ou Nadif, Ida Ou Zal, Sektana), par le versant méridional du massif du Haut Atlas, par les plateaux intérieurs du pays Haha et Chiadma et enfin par le plateau de Tiznit ط Entre ces zones bien peuplées, s'intercalent des surfaces à faibles densités ou "vides" tels que : Le littoral au sud d'Agadir, la région d'Admine, quelques parties des piémonts (cônes des Aouèrga Assads Arghène, piémont d'El Faïd, piémont de l'Oued Mdad) ainsi que les hauts plateaux et les massifs de la région des Ida Ou Tanane et de Haha. Au niveau de la taille, la répartition des douars ne se fait pas de la même manière : les grands groupements humains se développent dans les zones à faible densité de douars. Facteurs de localisation des douars Avant L’occupation coloniale, les régions montagneuses étaient des milieux favora-bles pour implantation humaine. Ce type de milieu constituait un bastion naturel con-tre toute incursion, il assurait le contrôle des principaux passages commerciaux en-tre le Nord du pays et l'Afrique sud-saharienne. En même temps il permettait le dé-veloppement d'un système économique complémentaire basé sur l'agriculture, le pastoralisme, l'exploitation des mines, l'artisanat et le commerce. C'est la combinaison de ces facteurs naturels et économiques qui a commandé la forte concentration des groupements humains dans les confins de l'Anti-Atlas et les vallées du Haut Atlas. Une forte concentration qui a pu subsister grâce au grand at-tachement de la population soussi à sa terre, malgré les profondes mutations qu'ont connues les structures sociales et économiques et malgré les départs spectaculaires des habitants actifs vers les provinces du Nord ou vers l'étranger. A l'opposé des zones montagneuses, les milieux littoraux et les bas pays, tels que la plaine du Sousse, ont constitué pour longtemps un espace de parcours pour les tri-bus limitrophes et pour les transhumants des provinces sahariennes. Avec l'avène-ment de la colonisation, l'économie de subsistance a subi de sérieuses perturba-tions et s'est substituée à une économie d'échange. Dans ce nouveau contexte économique, qui s'est affirmé pendant l'indépendance, les plaines et le littoral avec les richesses qu'ils détiennent ont accueilli de lourds in-vestissements dans les différents domaines : agriculture spéculative, industrie, pê-che, tourisme, communication. Ces actions étaient derrière de profondes transforma-tions qui se sont soldées au niveau du peuplement par des concentrations impres-sionnantes des douars dans les périmètres irrigués, le long des routes et dans les banlieues des villes les plus dynamiques, c'est à dire là où il y a un fort appel de main-d’œuvre. Aussi , dans la même conjoncture, les douars auparavant groupés ont évolué vers une nette dispersion. Les équipements sociaux (écoles, hôpitaux etc.…)et l’infrastructure de base épou-sent quant a leur distribution la répartition des populations. En matière d'équipements scolaires destinés à l'enseignement primaire, la région a disposé pendant l'année scolaire 1995-96 de 429 établissements scolaires et de 1679 écoles satellites, soit une offre totale de 5704 salles. Le nombre d'élèves qui ont bénéficié de cette structure était de l'ordre de 163.551 soit 28,7 élèves/salle. Le milieu rural ne bénéficie que de 223 centres de santé, c'est à dire un centre pour 6.900 habitants. Les provinces les plus démunies en matière de services sani-taires sont Essaouira et Taroudant, surtout dans les zones montagneuses caracté-risées par l'inadaptation de la couverture des structures sanitaires avec la dispersion des groupements humains. En milieu urbain, les équipements sociaux aussi l’approvisionnement en eau pota-ble et en électricité, évidemment se trouvent sur un niveau bien meilleur par rapport au milieu rural. Avec sa situation au centre du Maroc et grâce à ses potentialités économiques l'Ar-ganeraie est actuellement dotée d'un réseau routier plus ou moins dense : ط Les routes principales sont d'une longueur totale de 797 km, soit 13,3% des routes principales nationales. Il apparaît qu'elles sont calquées sur les anciens itinéraires caravaniers qui empruntaient les cols et les vallées du relief monta-gneux de l'Anti-Atlas et du Haut-Atlas, afin d'assurer la liaison des zones nord-marocaines avec les provinces du sud. Ce réseau des routes principales carac-térisé par une bonne viabilité en rapport avec sa largeur minimale de 5,5m et son bon état. ط Les routes secondaires, en général, sont des routes revêtues, d'une largeur entre 6 et 4 m et d'une viabilité moyenne. Leur part dans le réseau est de 179 km, soit 3%. ط Les chemins tertiaires, avec une longueur totale de 4 997 km, soit 83,7 % du réseau, jouent un grand rôle dans le désenclavement des vastes aires délimi-tées par le réseau des routes principales et secondaires. Par rapport à ces der-nières, les chemins tertiaires ont en général une largeur limitée et leur état est variable. La distribution des densités permet à distinguer trois types de zones : ط Une zone à forte densité localisée dans la basse vallée du Souss-Massa ط Des zones à densité moyenne sur les plateaux des Chiadma-Haha et les mas-sifs anti-atlasiques d'Akerdous et d’Ait Baâmrane ; ط Les zones à faible densité s'étendent dans la montagne des Ida Ou Tanane, les plateaux septentrionaux de l'Anti-Atlas et le piémont du Haut-Atlas. 5.2. Cadre juridique d’occupation des terres Comme partout au Maroc, les structures foncières de la région du sud-ouest sont ca-ractérisées par une multiplicité des statuts fonciers On distingue cinq statuts : ط Le Melk (privé), c'est le droit de jouir et d'user d'une façon absolue et exclusive d'un bien foncier, sous réserves des limitations imposées par la loi. ط Les terres collectives (arables ou parcours). Ce statut est le plus ancien, qui d’abord ne permettait aucune tentative d’individualisation. La tutelle de ces ter-res revient au Ministère de l’intérieur les Caïds et les Chioukhs sont chargés de la surveillance des biens collectifs. Le patrimoine collectif est inaliénable, insai-sissable et imprescriptible. ط Les terres Guich sont des terres de l'Etat qui avaient été attribuées en jouis-sance, par les sultans du Maroc, à certaines tribus en récompense de services militaires rendus à l'Etat . Aujourd’hui c'est l'Etat qui assure la gestion et la dis-tribution de ces terres prélevées sur ce domaine privé de . Les terres Guich, qui sont en quelque sorte des terres collectives de l'Etat, posent des problèmes si-milaires à ceux des terres collectives proprement dites. ط Les terres Habous, sous le droit musulman, ils se présentent sous la forme d'un bien soustrait du commerce par le constituant pour servir une œuvre religieuse. ط Les terres du domaine privé de l'Etat. L'essentiel des terres domaniales est représenté par la forêt. Celle-ci est régie par la loi du 10 octobre 1917 et les dif-férents textes qui ont été promulgués depuis cette date. Ces textes peuvent avoir soit un caractère général, touchant tous les espaces forestiers, soit spéci-fique, relatif à des essences bien déterminées. C'est le cas de l'Alfa, le Noyer ou encore et surtout l'Arganier. Les terrains de culture du domaine privé sont gérés par des Sociétés d’Etat tel-les SODEA et SOGETA ces terrains étaient tenus par d’anciens colons. Pour les terrains de culture, le Melk domine les autres statuts, par contre pour les fo-rêts c’est le domanial qui occupe le premier rang. Chaque statut, pris individuelle-ment, présente des atouts et des inconvénients relatifs à leur gestion dans le temps et dans l'espace. L'environnement global qui engendre chacun des types de terres conditionne lar-gement son mode de gestion et des particularités dans le fonctionnement juridique de chaque statut foncier en relation avec les autres statuts relatifs à l'occupation des terres. C'est ainsi que l'arganier qui occupe une très grande superficie dans la région, génère à partir de son exploitation rurale une confrontation directe entre statut foncier et exploitation des terres. L'exploitation du fond forestier pour des fins agricoles dégage des spécificités dans le cadre de la gestion juridique des terres. La législation de l’arganier. L’Arganeraie est un espace forestier qui relève du domaine de l'Etat et se trouve soumis à la loi forestière de 1917 exactement comme tous les autres espaces forestiers. Cette loi a respecté de façon très large les habitudes locales et a réservé une grande partie de son contenu à cette réalité, à savoir le droit d'usage de la population rurale. Au cours des premières années d'application de cette loi, il a été constaté que les populations rurales de la région du sud-ouest marocain présentaient une relation particulière avec l'arganier. Il a fallu ainsi penser à une législation spéciale pour cette forêt. C'est la loi cadre de 1925 (Dahir du 4 mars 1925) qui précise les moda-lités de gestion et particulièrement le droit d'usage de la population riveraine. Grosso modo les droits de jouissance comprennent ط Ramassage du bois mort ط Cueillette des fruits ط Parcours ط Labour et culture ط Droit de prélever gratuitement avec autorisation du service forestier, les bois de chauffage, de charbonnage et service destinés à leurs usages domestiques ط Branchages nécessaires à la confection des clôtures ط Prélèvement en des endroits désignés de matières primaires tels que de la terre, du sable, de la pierre et autres Aussi, faut-il préciser qu'elles ne peuvent profiter de ces droits de jouissance que les communes locales concernées et les fractions qui y résident. Dans le but de faire profiter la population rurale de ces espaces forestiers, l'Etat a décidé de leur affecter le cinquième des recettes issues de la vente des bois d'arganier. Cette somme est attribuée aux usagers par le biais de la commune rurale. Malgré ces droits importants dont jouissent les populations rurales de cette région, il a été constaté le non-respect de la réglementation chez beaucoup d'individus. Le non-respect qui provoque la dégradation pure et simple de l'arganier. Ce problème prend plus d’ampleur avec la croissance démographique et l’augmentation de la demande sur les produits de la foret. Visant un contrôle plus efficace, le cahier de charges du 20 juillet 1983 relatif aux pratiques agraires précise les conditions d'octroi de l'autorisation de mise en culture sous l'arganier à la population concernée. Les différentes dispositions prises vi-saient la protection du milieu naturel en général et l'Arganeraie en particulier. Quoi-que ces instruments juridiques précisent la réglementation de la gestion de l'arga-nier , les pratiques restent abusives Les régimes juridiques d’exploitation des ressources naturelles ont des conséquen-ces directes sur le développement rural : ط La région est marquée par un morcellement très important des terres. Ce morcellement, entre autre du au système d’héritage et des achats de terres répétés, est contre–productif. ط L'indivision est la situation juridique d'une ou plusieurs personnes, titulaires en commun d'un droit sur un même lieu ou un même ensemble de biens, sans qu'il y ait division matérielle de leurs parts. ط Le "Rhane" consiste à ce qu'une personne en difficulté hypothèque une par-tie ou la totalité de ses biens (terre, plantations) au profit d'une autre per-sonne contre une somme d'argent, pour une durée déterminée c’est une solu-tion de facilité mais aura des effets négatifs sur la mise en valeur agricole, surtout si la terre ou la plantation n’est pas exploitée. C’est en 1969 que l’Etat, à l’aide de plusieurs Dahirs, tente de limiter le morcelle-ment et les conséquences négatives de l’indivision. En même temps il a promulgué une réglementation nouvelle pour les baux ruraux. L'objectif général visé par la pro-mulgation de ces textes était de mettre les exploitations dans des conditions favo-rables pour une mise en valeur rationnelle. Or leur application s'est heurtée à plu-sieurs difficultés telles que : ط L'absence d'une structure spécialisée dans le suivi et l'application des textes ط L'inadéquation de certaines dispositions prises (Habous, morcellement, baux ruraux, indivision) avec les réalités sociales et économiques. Aussi, les textes sont surtout adressés aux terres irriguées qui représentent une très faible part par rapport aux terres bours, base de développement agricole et rural. 6. La place de l'Arganeraie L’Arganeraie présente une relation intime entre l'espace forestier domanial et les pratiques agricoles privées. Chaque effet négatif qui risquerait d'émaner d'une pro-cédure juridique de gestion d'un terrain de culture aurait certainement un effet néga-tif sur l'arganier. Tout effort visant une meilleure gestion des terrains de culture en dehors du domaine forestier ne peut que contribuer au développement de l'arganier. Cependant, la législation de l'arganier se trouve actuellement dans l'inadéquation to-tale avec l'environnement qui l'entoure. Si cette législation a été basée sur les prati-ques rurales et que les textes, qui ont suivi, ont tenté de répondre à certaines situa-tions précises, elle se trouve actuellement dépassée. En effet, les données ont changé depuis lors, elles continueront à changer et à s'adapter aux nouvelles don-nées. Penser à une nouvelle législation s'avère une démarche indispensable cependant il y a deux impératifs fondamentaux à observer : ط mieux intégrer les différentes pratiques dans le système de gestion locale afin de satisfaire la population rurale et l'Arganeraie ط avoir un caractère dynamique lui permettant de s'adapter à toute situation et encourageant toute initiative de développement.
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Population Data:
Population
L'examen des résultats des recensements de la population marocaine permet d'af-firmer que la région du sud-ouest, constituée par la province d'Agadir, d'Essaouira, de Taroudant et de Tiznit, a sensiblement évolué :
Population totale dans les provinces du sud-ouest marocain (chiffres arrondi)
Années Agadir Essaouira Taroudant Tiznit Total Croissance
1960 300 000 320 000 260 000 160 000 1 040 000
1971 390 000 340 000 450 000 280 000 1 460 000 3,1 % par an
1982 580 000 390 000 560 000 310 000 1 840 000 2,2 % par an
1994 900 000 430 000 690 000 350 000 2 370 000 2,1 % par an
Ce tableau met en évidence que
- Agadir est la zone qui connaît l'accroissement le plus grand.
- Taroudant et Tiznit ont connu un taux très élevé d’accroissement entre 1960 et 1971. Ce taux a fortement chuté après.
- Essaouira et Tiznit actuellement ont le plus faible taux.
- Le taux d’accroissement s’est atténué au cours des années, mais il y a toujours une croissance remarquable en terme absolue.
Cette diminution du taux d'accroissement est une donnée nationale qui se précise localement due à quelques facteurs tels que le nombre d'enfants par famille qui a diminué et le régime de nuptialité qui a beaucoup évolué dans le temps.
La densité de la population par km2 est un élément qui permettra de renseigner sur l'impact de la pression humaine sur le milieu naturel et le degré d'hypertrophie de quelques agglomérations suite au développement d'activités économiques, essen-tiellement secondaires et tertiaires.
La densité de la population (habitants/Km2)
1960 1971 1982 1994 Total km2
Agadir 54 65 98 152 5 910
Essaouira 47 54 62 69 6 330
Taroudant 16 27 34 42 16 460
Tiznit 20 34 39 50 8 050
Si le taux d'accroissement de la population a permis de préciser la nette croissance dans la région d'Agadir essentiellement, la densité confirme davantage cette consta-tation enregistrant la plus haute valeur avec 152 personnes/km2. par ailleurs, la forte densité pourrait émaner d'une forte concentration au niveau urbain. D'où l'inté-rêt d'étudier l'évolution de la population urbaine et rurale pour mieux cerner la pro-blématique de cette évolution hétérogène d'une zone à l'autre. La carte « Densité de la population 1994 » illustre les données de la densité par commune rurale.
Le changement enregistré par rapport à la densité de 1982 est essentiellement dû à :
ط l'augmentation de l'effectif total de la population
ط le découpage administratif qui a donné naissance à de petites communes rura-les
ط là où les conditions de vie sont difficiles, la population a quitté le milieu pour se concentrer dans les zones où il y a de l'activité économique. C'est le cas de la plaine de Souss.
De façon générale, la population urbaine occupe de plus en plus une part impor-tante. Elle est passé de 7,4% en 1960 à 35,0% en 1994. Alors qu'environ 1 habitant sur 13 vivait en milieu urbain en 1960, l'année 1994 a enregistré un net accroisse-ment puisque 1 sur 3 vit en ville. Cet accroissant est plus ou moins régulier, contrai-rement à ce qui s'est passé au niveau de chacune des provinces.
En effet, Agadir a connu un essor important, de 8,3% en 1960 à 61,2% en 1994. Au début, la population se déplace dans un rayon plus ou mois réduit et n'a commencé à orienter son déplacement vers les grandes villes qu'après le développement de secteurs faisant appel à plus de main-d'œuvre. C'est le cas d'Agadir dès 1971 et Ta-roudant vers 1994 où l'agriculture a pris un élan considérable dans la province. Ce qui expliquera l'important exode rural.
Parallèlement à la croissance de la population, le nombre de ménages augmente à son tour de façon régulière et parfois intense notamment en milieu urbain. On cons-tate que, de façon générale, si la population totale a fortement augmenté au cours de cette période, le nombre de ménages dans le milieu rural a diminué et celui ur-bain a presque doublé.
Les migrations représentent l'un des aspects les plus importants de la mobilité des populations sur le plan démographique. Dans le cadre des migrations intéressant la population de la région, on distingue entre la migration externe (de l’intérieur vers l’extérieur de la région) et la migration interne (le migrant ne quitte pas la région). Cependant, retracer l'évolution de ces mouvements d'exode, continuellement opérés entre les campagnes et les villes n'est pas une tâche facile. Des statistiques vala-bles sont assez rares.
Malgré cette difficulté on peut constater que le milieu d’origine est souvent le rural. C’est effectivement un exode rural très net.
La pratique migratoire est très ancienne. Le total des migrants ayant quitté leur mi-lieu il y a plus de 10 ans est très élevé. Les migrants s'installent essentiellement dans les villes moyennes. Celles-ci, comme les villes Tamanar, Aït Melloul, Inezgane, connaissent une activité économique florissante. En deuxième position, les grandes villes constituent une deuxième destination pour les migrants. A cet ef-fet, la forme de migration qui domine est celle par étapes où les familles s'installent en premier lieu dans un petit centre urbain, s'intègre dans la vie économie et essaye de développer une activité propre au ménage. La plupart du temps, il s'agit d'un tra-vail rémunéré pour le compte du chef de famille.
L'approche migratoire prend plusieurs formes, où l'accroissement de la population constitue l'élément stimulateur mais pas exclusif. En effet, les raisons structurelles et conjoncturelles telle que la sécheresse jouent un rôle important au point qu'environ les 3/4 de l'accroissement naturel du milieu rural sont transférés vers les villes. C'est essentiellement pendant ces périodes difficiles, où les familles quittent le mi-lieu pour aller s'installer ailleurs. Même si ces familles possèdent des exploitations agricoles et du cheptel elles les donnent en association à quelqu'un du douar. C'est une méthode qui permet le maintien du lien avec le milieu d'origine et donc les pos-sibilités de retour si l'intégration dans la ville n'est pas réussie.
A partir de ces constatations il se dégage les principaux axes de migration comme le montre la carte « Principaux axes de migrations ». Les données disponibles ne permettent pas une quantification plus exacte du flux migratoire.